Regard RH - Suicides au travail, RPS, bien être et mal être au travail. Le regard de l’épidémiologue; Les pistes de réflexion du psychiatre.

Suicides au travail, RPS, bien être et mal être au travail. Le regard de l’épidémiologue; Les pistes de réflexion du psychiatre.

Le Pr Viviane Kovess Mafsety est venue présenter les résultats des recherches épidémiologiques concernant les problématiques de suicides au travail, aux invités du petit déjeuner « Regard RH » du 26 novembre 2013,  organisé  conjointement par X-PM et Options-RH.

Notre invité, de nationalité française et canadienne est psychiatre, sociologue, docteur en sciences. Elle dirige le département Epidémiologie et Biostatistiques de l’Ecole des Hautes Etudes de Santé Publique, enseigne à McGill, et dirige un laboratoire de recherche à l’Université Paris Descartes. Elle est considérée comme l’une des meilleures spécialistes mondiales dans le domaine de l’épidémiologie de la santé mentale.

Les RPS un concept flou, et peu scientifique.

Le Pr Kovess a tout d’abord expliqué que les risques psycho-sociaux étaient un concept plus de nature politique que scientifique.

Ces dernières années ont vu l’émergence du concept de risques psychosociaux (RPS) d’origine professionnelle, qui fait référence à de nombreuses situations portant atteinte à l’intégrité physique et à la santé mentale des salariés : stress, harcèlement moral, violence, détresse psychologique, TMS troubles musculo-squelettiques. Il existe une certaine confusion autour de cette notion qui regroupe une grande diversité de risques, sans s’efforcer de distinguer les causes des conséquences.

Il s’agit en fait d’un terme assez vague qui définit des risques autres que ceux habituellement repérés dans le travail comme les risques physiques ou chimiques.

La pression et le stress font partie du travail quelqu’il soit.  Cependant, pas tous les stress…

Le stress est inhérent au travail. Le travail implique de faire ce que quelqu’un d’autre souhaite. C’est en potentielle contradiction avec son propre désir: c’est le principe de réalité face au principe de plaisir et cela engendre des tensions et du stress par définition.

Par contre il existe des sortes de stress qui sortent du niveau « habituel » et mis en avant par des travailleurs ayant commis un suicide en relation avec le travail.

  • Changements soudains dans l’organisation du travail
  • Conflits de loyauté, crises de conscience dues à un changement dans le travail
  • Réactions à des douleurs secondaires à une blessure faite au travail et/ou à la perte de statut et de revenu résultant de ce handicap ou encore du chômage qui en résulte.

 

Parmi les vingt pays les plus industrialisés, la France est celui qui, avec la Grèce, a le taux de satisfaction au travail le plus faible.

La France est aussi le pays où le degré de confiance entre managers et employés est le plus mauvais : 99ème sur 102 pays analysés (rigidité hiérarchique, difficulté à travailler en groupe, importance trop grande du diplôme initial et de l’origine sociale, et déficit de promotion interne).

Le stress au travail est également très corrélé à la protection de l’emploi. Si la protection de l’emploi est très basse ou très haute, le niveau de stress est très élevé.

Le suicide : un phénomène très complexe dont les déterminants principaux sont très largement extérieurs à l’entreprise.

Le Pr Kovess a montré que les fréquences de suicides variaient très fortement selon certains critères :

  • Si les femmes ont beaucoup plus de tentatives de suicides, il y a cependant 3 fois plus de décès chez les hommes que chez les femmes
  • L’âge est un facteur majeur, avec notamment un taux très élevé chez les personnes âgées.
  • Le taux de suicide est beaucoup plus élevé chez certaines professions que dans d’autres. Les professions de la santé sont par exemple les plus touchées. Toutefois, cela ne veut en aucun cas dire que c’est le type de métier qui provoque le suicide.

 

Contrairement aux idées généralement reçues, les crises et le niveau chômage ou le niveau de vie ne sont pas corrélés avec le taux de suicide. En Irlande par exemple, les taux de suicide ont été beaucoup plus élevés pendant la période de croissance qu’au moment de la récession.

 

Le suicide est très largement lié à des déterminants individuels. 90% des suicides sont en rapport avec une maladie mentale et les 10% restant ont des symptômes et des caractéristiques proches des ceux qui ont ces troubles

  • Plus de la moitié des suicides sont liés à des troubles dépressifs
  • Troubles de l’usage de l’alcool
  • Anorexie nerveuse, et troubles de l’image du corps
  • Troubles anxieux
  • 30 à 40 % des décès par suicide surviennent chez des personnes présentant des troubles de la personnalité.

 

Or dans la majorité des cas, les entreprises n’ont pas connaissance de la santé mentale de leurs salariés et les médecins du travail sont très peu formés à cette pratique.

 

Le suicide au travail

Entre janvier 2008 et juin 2009,

  • 72 décès par suicide ont fait l'objet d'une demande de reconnaissance au titre des accidents du travail.
  • Vingt-huit requêtes ont été acceptées.
  • 85 % des suicides déclarés concernent des hommes.
  • Dans plus d'un cas sur deux, les salariés sont passés à l'acte sur leur lieu de travail.
  • La métallurgie est le secteur le plus touché.
  • Pour l’employé, la reconnaissance du suicide dû à une cause professionnelle protège mieux les survivants.

 

Il n’existe pas de lien entre « bien-être » ou « mal-être » au travail et suicide.

Le suicide est en effet guidé par d’autres facteurs.  En revanche, chez les personnes à risques deux situations peuvent favoriser le passage à l’acte.

  • La perte de l’estime de soi et l’impression de perdre la face ou d’être humilié et considéré comme « moins que rien » sont des facteurs de risque.
  • Le fait de se sentir piégé est aussi un facteur de risque.

 

En cas de survenance dans l’entreprise, il convient d’être particulièrement vigilant à protéger l’entourage (hiérarchie, RH) des risques d’accusations qui peuvent se porter sur eux.

Il convient également d’être très vigilant aux risques de contagion. Plus on parle de suicide, et plus le risque qu’il se reproduise est élevé.